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12.03.2007

article du journal Sud-Ouest sur MGB

« A gauche, c'est l'alerte ! » medium_DTTE0601.jpg

: Propos recueillis par Patrick Guilloton



Marie-George Buffet. « L'engagement communiste est porteur d'un projet de société différent »
PHOTO FABIEN COTTEREAU
« Sud Ouest Dimanche ».
Après avoir lu dans un journal du soir que vous n'aviez pas la pêche, la première question qui vient à l'esprit, c'est de vous demander comment ça va !
Marie-George Buffet.
(Eclat de rire.) Cet article, c'était du style « salon mondain ». Le PCF, tout le PCF, est en campagne derrière moi, mis à part une infime minorité de camarades. Qu'il y ait des débats de sensibilités, c'est normal ! Par ailleurs, une campagne, c'est toujours fatigant ! Celle-ci fait du bien parce qu'on retrouve un peu l'atmosphère de 2005 avec un vrai débat politique. Les hommes et les femmes que je rencontre sont sur les grandes questions : Que fait-on par rapport à l'emploi ? Quel avenir pour l'Europe ? Quel accès pour tous à la santé ? Au niveau citoyen, on n'est pas dans les images, dans les petites phrases médiatiques; c'est passionnant. C'est une chance pour la démocratie.
On a beaucoup évoqué cette candidature unique des antilibéraux. N'était-elle pas vouée à l'échec dès le départ ?
Il y avait chez certains, c'est vrai, l'idée que le rassemblement ne pouvait se faire que dans le dépassement des partis politiques, et notamment le dépassement du PCF. Il y a eu le veto à ma candidature, je le regrette profondément. On voit bien qu'il n'y a pas de sauveur suprême, pas un individu en capacité, parce que plus médiatique que les autres, de faire le déclic dans la population. Mais je n'abandonne pas cette ligne de rassemblement à gauche.
Vous évoquiez le référendum de 2005. Le non l'a largement emporté et le 6 mai, sauf surprise colossale, la France va élire un(e) président(e) ayant défendu le oui. Ce n'est pas bizarre ?
Il n'y a rien d'étonnant puisque depuis ce 29 mai, les composantes du non de gauche se sont un peu rabougries. Les socialistes sont repartis faire la synthèse au Mans, la LCR a choisi de partir seule sur une base d'attitude contestataire renonçant à travailler sur une majorité de gauche.
Et il y a surtout le poids de cette espèce d'enseignement de la fatalité, ces alternances qui ne débouchent sur rien. On sort les sortants... Et le fait que la gauche, une fois au pouvoir, ait donné des signes de renoncement. Trop de gens finissent par penser que tout cela signifie qu'on ne peut rien changer. Ce n'est pas le discours tenu ces jours-ci par Dominique Strauss-Kahn, qui nous fait du Bayrou bis, qui va permettre de rassembler la gauche et la faire gagner ! Si on continue comme cela, on va droit dans le mur. Quand, à cinquante jours du premier tour, on voit la droite et l'extrême droite à 60 % et la gauche à 40, c'est l'alerte !
Au-delà des scrutins qui s'annoncent, l'avenir de la politique en général vous inquiète-t-il ?
Aujourd'hui, la politique a perdu de son sens. Or, l'engagement communiste est porteur d'un projet de société différent. C'est un combat visant à ce que l'être humain prenne la priorité sur les lois de l'argent, sur un capitalisme mondialisé et ces politiques libérales menées pour l'accompagner. Le communisme, c'est une construction, tout un processus d'émancipation humaine alors qu'on voit bien qu'aujourd'hui la politique est ramenée uniquement à son aspect économique, à résoudre la question de la dette, être bien sur le pacte de stabilité. Point final. Mais je sens qu'il y a de nouveau attente de sens et de projets en politique. Je ne suis pas pessimiste pour l'avenir : les valeurs et les combats que nous portons vont compter de plus en plus dans l'opinion publique.
Votre analyse du « phénomène » Bayrou ?
Quand vous prenez son programme et celui de Sarkozy, ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Sur la fiscalité, la conception du travail, les retraites. Normal, ils ont la même maîtresse d'école, Mme Parisot, la présidente du Medef qui veut casser le modèle social français et reconstruire une société avec des salariés corvéables et jetables à merci. Bayrou, c'est le résultat des alternances qui n'ont pas marché. Et lui vient dire : « Vous avez vu une différence entre la gauche et la droite ? Moi, je vous propose qu'on y aille tous ensemble sur un projet neuf, moderne. » Et sa démarche est confortée si en écho vous avez un Parti socialiste qui, par la voix de DSK, lui répond : « N'allez pas faire alliance avec Sarkozy, on peut changer la France ensemble. » On est en train d'installer la France dans un non-choix politique !

« Je ne suis pas pessimiste pour l'avenir : les valeurs et les combats que nous portons vont compter de plus en plus dans l'opinion publique »

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